L'apiculture des forets équatoriales africaine

L’APICULTURE DES PAYS AFRICAINS SORT DE L’OMBRE DES FORETS EQUATORIALES

L’apiculture au Cameroun est valorisée de plus en plus et gagne en considération. De nombreux regards se tournent vers les abeilles. Des chercheurs du CIFOR ont étudié l’accès des apiculteurs aux marchés. En effet ce n’est pas toujours évident, cependant, dans l’Adamaoua, la vente de miel, de cire et de propolis génèrent 52% du revenu. En effet les apiculteurs sont aussi des agriculteurs et les ruches sont uniquement une activité secondaire, mais ici, particulièrement rémunératrice (Sources : CIFOR.org) où le miel est un pilier de l’économie. Cela intéresse d’autant plus le CIFOR car ce sont des produits forestiers non ligneux. Intéressant de tirer un revenu de la forêt sans l’abattre !

L’expertise apicole existe aussi. Il y a un Centre pour l’environnement et le développement (CED) à Yaoundé. L’expert/formateur de ce centre donne les astuces pour produire du bon miel, et organiser la filière apicole au Cameroun. En effet, la filière commence juste à se constituer. La première rencontre nationale des apiculteurs du Cameroun a eu lieu en août 2010, à Ngaoundal, dans la région de l’Adamaoua.

L’apiculture peut aussi être un soutien aux personnes handicapées, Comme c’est le cas  à Ekangmbeng, ou l’association Mosoh Cameroun y met en place un rucher. Un des objectifs est de développer une activité génératrice de revenus pour les personnes handicapées. En effet, au Cameroun, l’Etat n’apporte aucune aux personnes touchées de handicape, c’est aux familles de tout supporter.

Il existe aussi une Indication Géographique Protégée (IGP) depuis 2013 : Le miel blanc de la forêt d’Oku. L’IGP établit un lien entre le produit, sa région de provenance et le savoir faire sur lequel il s’appuie. Suite aux exigences géographiques, il est interdit à tout agriculteur, producteur ou coopérative n’exerçant pas ses activités dans la région d’Oku de produire ou de commercialiser son miel comme étant de l’authentique miel blanc d’Oku.

Concernant les savoirs traditionnels exigés pour avoir l’IGP, ils sont relatifs à trois points :

  •  la fabrication des ruches construites avec des matériaux locaux
  • la capture des essaims d’abeilles en essaimage
  • le choix du lieu d’installation des ruches dans la forêt : dans un clairière herbeuse

Les ruches sont colonisées par les abeilles ainsi capturées entre septembre et avril et transportées en forêt entre novembre et mars (OMPI, Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle).

L’apiculture a le vent en poupe dans les pays occidentaux, mais également dans les pays en voies de développements. C’est très encourageant d’entendre parler de toutes ces initiatives, ces études, ces projets en cours… L’apiculture de pays africains sort de l’ombre des forêts équatoriales pour aller sur la scène internationale.

Jaï Sinelle

Ici c’est le sud Cameroun, avec une immense forêt équatoriale, des arbres immenses, et dedans… des essaims d’abeilles.

La rencontre avec deux grands-pères de l’ethnie Bulu, au sud du Cameroun met la puce à l’oreille. Tous deux possèdent des ruches et aiment le miel. Ces deux grands-pères sont amis. Est-ce qu’on peut les appeler « grands-pères » ? Car malgré leurs âges, ils sont encore très actifs.

Le premier grand-père, monsieur Baté, est agriculteur. Il possède de vieilles cacaoyères de 60 ans qu’il est entrain de « rajeunir » avec l’aide de sa femme. C’est-à-dire qu’ils partent dormir en brousse, pour mettre en terre la banane plantain en premier lieu. Car c’est elle qui fera de l’ombre aux jeunes cacaoyers qu’ils planteront quelques mois plus tard. Seulement la banane ne produira que dans un an, et le nouveau cacao dans 4 ans. Aussi pour avoir un revenu en attendant, ils plantent la pistache, une cucurbitacée qui sera récoltée dans l’année. Mais de retour au village, ce monsieur s’en va observer ses 5  ruches. Observer l’entrée seulement car il n’a pas d’enfumoir pour pouvoir les ouvrir.

Le deuxième grand-père, Papa Bengo, est menuisier. Il ne possède qu’une ruche peuplée pour l’instant, à l’ombre sous un bananier. Il ne l’a jamais ouverte car il ne possède pas non plus l’équipement nécessaire. Il aimerait bien l’acheter, mais il manque de moyen. Et il a déjà cherché un enfumoir à Yaoundé, la capitale, mais il n’en a pas trouvé. Donc pas de récolte de miel pour l’instant, quel dommage ! Cependant il est motivé, et commence la construction de 5 nouvelles ruches. Des ruches comment ? Kenyanes bien sur car c’est le format souvent utilisé en Afrique. Mais comme il est curieux et bon menuisier, il a décidé de se lancer dans la construction d’une ruche dadant, comme ça, juste pour essayer.

Nos deux grands-pères aimeraient se faire former pour pratiquer d’avantage l’apiculture. Mais les formations sont rares et couteuses. L’apiculture n’est pas une activité à part entière au Cameroun, c’est un petit complément de revenus au mieux. Mais ces deux-là, ils voudraient en faire plus, ils sont curieux et veulent en savoir davantage. Ils ne connaissent pas la répartition du couvain et du miel sur un cadre, connaissent approximativement la dynamique d’essaimage et pour eux la seule manière d’agrandir le cheptel est la capture d’essaims. Hors la division, méthode simple de multiplication leur est inconnue. La division est aussi possible avec les ruches kenyanes. Curieux de cette méthode, ils décident donc de construire des ruchettes pour tenter des divisions lorsque « dieu leur aura accordé de trouver l’enfumoir».

Mais ils semblent déterminés. A la saison prochaine, qui sait le cheptel aura peut être doublé. 

La suite au prochain épisode.

Jaï Sinelle
SupAgro IRC Montpellier

 

 

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