Rencontre avec les abeilles réunionnaises

Accueillie pendant deux mois par une famille créole, j’ai découvert l’apiculture. Plus qu’une découverte, c’était une rencontre avec ce magnifique métier.

Soucieux que je ne parte pas sans avoir compris leur démarche, ils m’ont d’abord présenté leurs chers acolytes. Apis mellifera unicolor.apis mellifera unicolor, abeilles reunionnaise

Race indigène arrivée tout droit de Madagascar, elle est plus petite et très douce. D’ailleurs, quelle surprise de voir un apiculteur qui ne porte qu’un masque et débarque dans le rucher en short ! A l’image de son île, la colonie offre un précieux métissage qui cohabite dans des Langstroths « bourbons », plus petites que celles que nous avons l’habitude de rencontrer en métropole. Construites généralement sur place, elles sont en Cèdre du Japon, bois de construction importé par l’ONF dans les années 50.

A l’île de la Réunion, nos amies les abeilles ont l’extraordinaire chance de profiter de leur statut insulaire. Encore épargnées par des ravageurs comme le Varroa, les mesures sanitaires prises en matière de transport de matériel apicole sont très strictes. Interdiction totale d’importer du matériel usagé, des essaims ou même des reines sélectionnées. Les réunionnais se protègent et ils ont bien raison. Identifié en 2010 dans la grande île, le Varroa destructor a déjà causé la perte de plus de 60 % des colonies des hauts plateaux de Madagascar. Il a envahi par la suite l’île Maurice en 2014. C’est pourquoi, l’apiculteur réunionnais se doit de gérer toute la filière de son activité. Il sélectionne lui-même ses reines, élève ses propres essaims et fabrique même le candi de nourrissement pour la période creuse.

Les abeilles profitent d’un climat tropical qui réduit considérablement le temps d’hivernage (quasiment inexistant). Elles sont placées en forêt pendant l’hiver austral afin de faire le stock en pollen pour la miellée de Letchis de septembre. Elles seront ensuite installées aux quatre coins de l’île pour les miellées de Baie Rose (faux poivrier), de forêts et de toutes fleurs courant mars.parrainer ruche, reunion

Cette rencontre avec les abeilles m’a fait comprendre plusieurs choses. Déjà, l’étroite relation entre l’apiculteur et les abeilles. D’après Pascal, le père de l’exploitation familiale, « il faut penser abeille et travailler pour elles ». Etienne, son fils récemment installé en producteur de gelée royale me conseille de les écouter pour mieux les comprendre. La colonie demande une présence totale de l’apiculteur pendant l’ouverture de la ruche. De nature agitée, j’ai découvert une capacité à rester calme malgré les centaines d’abeilles qui se promène le long de mes jambes. Bien-sûr après quelques remontrances piquantes, j’ai fini par m’adapter à elles, me rendant plus attentive et disponible pour la colonie. Ensuite, la faculté de l’apiculteur à observer son environnement. Qui mieux que lui connaitra les différentes floraisons qui s’enchaînent en forêt et s’extasier d’une année favorable à telle ou telle plante nectarifère. C’est un maillon essentiel dans l’observation de l’évolution de l’environnement qui je l’avoue m’a beaucoup séduite.

parrainer ruche, reunion

Deux mois d’expérience unique qu’il est agréable aujourd’hui de partager. J’ai même bien l’impression d’avoir été contaminée par la fièvre de l’apiculture. Pour moi, l’apiculture est comme une forme de magie.


Pauline Milliet-Treboux
SupAgro IRC Montpellier

 

 

Site par ID-Alizés