La ruche tronc, "le brusc"



Fabrication d’un brusc.


S’il suffisait de faire un trou dans un tronc d’arbre ce serait si simple.

Réussir un brusc n’est pas chose facile, il y faut des proportions, des conditions, des manières, des façons, de la sueur et un tour de main que nous avons quelque peu oublié.

Est-ce un art ?

Certes, si la conjonction des choses simples de la nature avec l’empirique science des siècles en est, alors oui c’est un art et nous sommes des ignorants, incultes, démunis face à notre billot.

Pour commencer il faut choisir un châtaignier (quasi imputrescible) de bonne taille, l’arbre doit être abattu en lune descendante, puis il est indispensable pour ôter la sève de le laisser reposer avec toutes ses branches à même le sol qui l’a vu naître et grandir.

Après toute une année de séchage, on peut le débiter, le tronçonner en morceaux de longueur suffisante, soixante dix centimètres environ.

Ce billot il va falloir maintenant l’évider avec le plus grand soin Pour ce faire nous avons du rechercher les outils aujourd’hui disparus. La grande gouge (voir photo), la virole etc.

Durant le travail la main se doit d’être forte mais précise sinon gare à la fissure, le geste malheureux, le coup de trop, qui lui serait fatal.

Dans ce cas, ce qui alors devait être une ruche et abriter durant mille ans une colonie d’abeilles deviendra en une seule seconde du bois de chauffe.

Bien triste fin pour un châtaignier centenaire.

Une fois la bille évidée, il est indispensable de placer dans le premier tiers de celle-ci un croisillon de bois fait de deux baguettes. Ce dispositif rudimentaire doit servir à soutenir et conforter les futures brèches de cire qui par leur poids pourraient s’affaisser.

A ce stade, après avoir percé un trou en partie basse pour qu’elles entrent, l’on pourrait croire que le plus dur est fait.
Mais ce n’est pas encore terminé, le travail restant est délicat. Il consiste à dégager un épaulement en tête du billot, sorte de rainure dans lequel viendra ce loger le couvercle. Cette fermeture fait de deux planchettes arrondies aux formes de l’arbre se plaquera en son pourtour, poussée, calée, par une pièce de bois en son centre, taillée en « sifflet », cette pièce est appelée clé.

Cette fois le brusc est terminé, enfin presque terminé, il faut le protéger des intempéries et le lester pour aucune bête ni aucun coup de vent ne le renverse. Ce lest sera son chapeau, sa Cévennes touch’, sa note esthétique, sa reconnaissance visuelle, sa signature.

L’on choisira une lauze, plate comme il se doit, bien lourde, bien plus grande que lui pour le protéger efficacement.

Ainsi couvert de ce chapeau, il pourra à loisir, paisiblement, contempler pour le siècle à venir, ses chères abeilles, allant et venant à ses pieds.

Oui, il aura sans le savoir encore, pour plusieurs vies d’homme, le bonheur enviable de leur compagnie quotidienne, le doux privilège de baigner, jour après jour, dans la douceur de leurs miels tout comme la chance rare d’être bercé par la belle musique de leurs petites ailes.

Bien heureux que tu es, vas et survis moi, porte jusqu’à mes arrières arrières petits enfants la passion, la force, l’envie de vivre, de vivre une existence saine et simple. L’envie d’être apiculteur.


Robert Fournier

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